Publié le 23/09/2020

La commission d'enquête du Sénat sur les politiques publiques face aux pandémies s'est réunie au mois de septembre afin d'analyser comment le secteur de l'aide à domicile a vécu et surmonté la crise du covid-19 et le confinement.

virus

 

Six mois après le début de la crise sanitaire, l'heure est au bilan et aux recommandations. Les professionnels réclament des réformes nationales pour soutenir la prise en charge des personnes âgées dépendantes à domicile, un secteur qui s'est révélé essentiel durant la situation exceptionnelle que nous avons vécue.  

Joëlle Martinaux, présidente de l’UNCCAS (l'union nationale des centres communaux et intercommunaux d'action sociale), Clémentine Cabrières, directrice de l’association française des aidants et Marie-Reine Tillon, présidente de l'union de l'aide, des soins et des services aux domiciles (UNA), ont dressé un lourd bilan auprès de la commission d'enquête du Sénat, lors de la table ronde sur les prises en charge à domicile.

 

Le manque de considération des services d'aide à domicile

Pour la vice-présidente de la commission des affaires sociales Laurence Cohen, "les auxiliaires de vie manquent de reconnaissance. La pandémie a exacerbé les carences de la prise en charge de nos aînés qui relèvent d'un véritable problème de société dans un contexte de vieillissement de la population". En effet selon une enquête de l'INSEE, la France comptera 4 millions de personnes âgées dépendantes en 2050. Il est donc nécessaire de préparer un cadre légal et économique pour revaloriser le secteur de l'aide à domicile et le préparer à répondre à ces besoins de la société.

Le confinement et la crise du coronavirus ont mis en lumière le rôle essentiel de l'aide à domicile pour personne âgée dépendante. Les autorités publiques saluent le travail de ces professionnels qui permettent de préserver nos seniors lorsque les services publics sont saturés. Au mois d'août, le président de la République a annoncé la préparation d'un projet de loi d'aide à domicile pour le grand âge, qui devrait soutenir le secteur. Emmanuel Macron a promis 160 millions d'euros de primes pour les aides à domicile d'ici la fin de l'année, pour remercier le travail et l'exposition de ces auxiliaires de vie durant la crise. Laurence Cohen reste cependant méfiante tant que les efforts ne sont pas actés : "Je demeure dubitative. Disposez-vous d'informations plus précises ? Estimez-vous que la crise ait amélioré la reconnaissance due à la profession? "

 

Le constat post pandémie

Les sénateurs et les représentants professionnels se sont penchés sur les problématiques auxquelles ont du faire face les familles, les aidants et les bénéficiaires durant la gestion de la crise.

Manque d'anticipation

Les participants à la commission d'enquête ont tous regretté que les services de prise en charge à domicile pour personnes âgées dépendantes n'aient pas été considérés comme prioritaires. Le manque d'anticipation de la part des autorités et les grandes difficultés pour obtenir du matériel de protection ont empêché les aides à domicile d'assurer leurs missions dans des conditions optimales.

La crise sanitaire a mis en avant de nombreuses inégalités territoriales dans la gestion des ressources pour les aides à domicile, et souligné la nécessité de mettre en place des directives nationales précises.

 

Isolement des personnes malades ou dépendantes

Le virus tue. L'isolement aussi. Les personnes malades ou dépendantes sont, de par leur état de santé, plus vulnérables. Le triste bilan de la crise sanitaire nous révèle une population silencieuse qui a durement souffert de l'épidémie de coronavirus, directement ou indirectement. Car de nombreux malades atteints de pathologies chroniques ont été totalement isolés durant la crise, sans possibilité d'accéder à leurs soins habituels. De la même manière, certaines personnes âgées ou dépendantes sont décédées ou se sont retrouvées en grande difficulté à cause de l'isolement durant le confinement, sans accès à leurs soins, dans l'impossibilité de s'alimenter ou sans pouvoir se relever après une chute. En ce sens, la présidente de l'UNCCAS Joëlle Martinaux a souligné l'importance de la mise en place d'équipes mobiles de gérontologie durant la pandémie, qui ont bien fonctionné dans certains territoires : "Il ne faut jamais arrêter les soins ! Des personnes atteintes de la maladie de Parkinson ont vu, par exemple, leur état s'aggraver, faute de soins, pendant le confinement et ne peuvent désormais plus marcher" a-t-elle précisé.

 

Les recommandations pour le secteur  de l'aide à domicile

Les représentants du secteur ont évoqué plusieurs axes de travail afin d'optimiser les services d'aide à domicile :

 

  • Revaloriser les métiers d'aide à domicile. Comme l'a expliqué Jocelyne Guidez, membre de la commission des affaires sociales, "les aidants ont pris le relais pendant le confinement, mais les services à domicile étaient souvent insuffisants et nous avons observé des situations d'épuisement psychologique"

 

  • Réformer le modèle de financement de l'aide à domicile, et pallier ainsi les inégalités territoriales

 

  • Créer un registre communal des personnes en âge avancé pour pouvoir réaliser une veille renforcée de cette population en cas d'urgence

 

  • Fournir aux aides à domicile les ressources nécessaires en cas de crise. Les équipements de protection individuels et le respect des normes de distance sont indispensables, mais le manque de moyens ne doit en aucun cas constituer un prétexte à l'isolement des personnes âgées ou dépendantes.

 

Qu’avez-vous pensé de ce post ? Notez-nous !

Pas encore de vote.